Éloge du populisme

Éloge du populisme

  • 16,00 €
Auteur : 
Editeur : 
Collection : 
Genre / Thème : 
Public : 
Date de parution : 
Avril 2012
Isbn : 
979-10-91336-00-0
Dimensions : 
200 × 130 × 15 mm
Poids : 
200 g
Nombre de pages : 
168
Statut : 

Description de l'éditeur (quatrième de couverture) :

Si un éloge du populisme reste possible, c’est parce que le populisme n’est pas ce phénomène de ressentiment identitaire critiqué par les experts, confondant populisme du peuple et démagogie populiste. Le populisme est d’abord une affirmation, l’affirmation d’un attachement profond à une tradition qu’il s’agit d’imiter. Ce que le peuple veut conserver, ce n’est pas son identité, car il n’a pas d’identité et il le sait. Ce qu’il veut conserver, c’est sa capacité d’imiter une tradition et de reconnaître la similitude de ceux qui l’imitent avec lui. C’est très maladroitement que les mouvements populistes expriment leur revendication dans un langage identitaire, tombant ainsi dans le piège des démagogues. Etre conservateur ne consiste pas à vouloir conserver une identité mais à vouloir conserver une liberté.

A rebours de cette interprétation méprisante du « populisme », cet essai propose une réévaluation du phénomène. Le populisme n’est plus rabattu sur une forme de démagogie et d’appel au peuple, mais il est repensé comme la réaction, saine en elle-même, d’un peuple politique à sa destruction. Car il y a plus de mémoire politique dans le populisme du peuple que dans les interprétations que proposent les experts de « la tentation » populiste ou de « l’illusion » populiste. C’est cette mémoire politique, retenue encore dans le peuple populiste, et perdue par les élites, qui ménage paradoxalement un avenir au peuple français.

 

Extrait (pages 20 à 23) :

La thèse qui sous-tend cet essai vise une réhabilitation, non seulement du populisme, mais du peuple lui-même. Le mépris du populisme et l’incapacité dans laquelle nous sommes de le penser viennent de ce que nous ne savons même plus penser ce qu’est un peuple politique. Il ne s’agit pourtant pas ici d’idéaliser le peuple et de dire que nos gouvernants devraient mieux le représenter. Il s’agit de dire qu’il n’y a pas de politique sans peuple, ni de peuple sans politique. Il s’agit de montrer comment, depuis de Gaulle, nos gouvernants sont devenus progressivement des administrateurs, l’administration des choses s’étant substituée au gouvernement des hommes.

Le peuple n’est pas une chose morte qui demande à être administrée. Le peuple est une réalité vivante dont l’être-ensemble est politique. La relation entre un grand homme et le peuple, si criante d’absence aujourd’hui, est elle-même une relation vivante. Elle est de l’ordre d’une sympathie profonde qui exclut toute complaisance. Le terme de « populisme » peut rester pertinent à condition d’en renouveler totalement l’interprétation. Le populisme n’est pas une idéologie qui pourrait être étudiée comme telle par la science politique. Le « isme » de populisme ne doit pas tromper, mais en même temps doit être conservé, car il signale la contradiction qui fait que le populisme ne peut être qu’un moment provisoire dans le destin d’un peuple. On n’a jamais vu un peuple produire lui-même son idéologie politique et c’est pourtant cette prétention et cette impossibilité que décrit le terme de « populisme ».

Le populisme tel que nous devons le penser est le populisme du peuple lui-même, produit et bricolé par celui-ci. Il faut donc cesser de faire un usage contradictoire du concept de populisme, désignant à la fois le peuple et le démagogue. Cessons de confondre populisme et démagogie, comme le fait communément la science politique. Le populisme n’est pas une création du démagogue, car comment le démagogue pourrait-il ainsi modeler tout un peuple et construire à lui seul son devenir populiste ? Il est parfaitement contradictoire de penser le populisme comme le résultat d’une création du démagogue puisqu’il est justement la manière dont un peuple réagit à son abandon par une classe dirigeante dont fait aussi partie le démagogue[1]. L’être-ensemble populiste est un être qui réagit à la place vide de la direction politique. Il correspond à ce moment de la vie des démocraties, où le peuple se met à contrecœur à faire de la politique, parce qu’il désespère de l’attitude des gouvernants qui n’en font plus. Plusieurs préjugés sont donc à écarter si l’on veut prendre la mesure du phénomène populiste actuel, en France comme en Europe :

1) Le populisme ne procède pas d’une aspiration à plus de démocratie directe et de participation. Au contraire, il présuppose la maturité politique d’un peuple qui sait le caractère incontournable de la représentation. Seul un peuple politique peut devenir populiste.

2) Le populisme n’est pas une idéologie et il est parfaitement vain de vouloir en reconstruire l’unité comme le font nos spécialistes de « science politique », sauf si l’on veut donner du grain à moudre aux démagogues ! Le populisme n’est ni de droite, ni de gauche, ni identitaire, ni islamophobe, ni souverainiste, ni quoi que ce soit. Ou bien il est tout cela à la fois, contradictoirement et successivement. Il est une aspiration à retrouver un être-ensemble politique qui ne s’est pas encore cristallisée idéologiquement.

3) Il ne faut donc pas avoir une conception statique et essentialiste mais une conception dynamique du populisme. Le populisme est un moment de crise de l’être-ensemble d’un peuple. Mais ce moment de crise est aussi un moment politique, car il témoigne de la manière dont un peuple maintient encore l’exigence et la visée d’un Bien commun, alors que personne ne sait le déterminer.

4) Le populisme est donc le moment où l’essence du politique est encore abritée par le peuple. Dans le populisme, le peuple fait encore l’épreuve de son être politique sur le mode de l’errance. Ce moment est un moment d’extrême fragilité, car le Bien commun est ici maintenu dans son exigence, non dans sa réalité. Le démagogue ne peut tromper qu’un moment cette exigence. Il est lui aussi une figure passagère. L’exaspération du populisme peut donner lieu à des perspectives beaucoup plus sombres, le démagogue n’étant qu’une étape de cette exaspération.


[1] La relation entre le populisme et le démagogue ne doit donc pas être confondue avec celle des masses et du leader charismatique totalitaire.

 

Entretien (interview de l'auteur par Jean Robin - Enquête & Débat) :

 

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