Trois questions à Vincent Coussedière sur Le retour du peuple, éd. du Cerf

Sur le site Les éditions du Cerf qui publient Le retour du peuple de Vincent Coussedière, 3 questions posées à l'auteur, enseignant, élu local révélé au grand public par son Eloge du populisme, Elya Editions 2012 :

http://leseditionsducerf.tumblr.com/post/141828151561/le-retour-du-peuple-3-questions-à-vincent 

In extenso :

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet essai, et pourquoi particulièrement sur les notions de nationalisme et de populisme?

Cet essai a été écrit pour dépasser l'opposition entre république et nation qui va se durcir lors des prochaines élections présidentielles, opposant les partisans de l'identité nationale et ceux des valeurs de la république. J'essaie de prendre du recul avec cette opposition pour montrer que la république n'est pas possible en dehors d'un cadre national ainsi que le montrait déjà Rousseau. D'autre part, je m'intéresse au populisme qui faisait déjà l'objet de mon premier ouvrage, pour montrer qu'il y a un populisme du peuple qui dépasse l'instrumentalisation partisane que tente d'effectuer différents démagogues, et qui correspond à un attachement profond et légitime du peuple à sa forme nationale. Je distingue d'autre part cet attachement à la nation de ce qu'on entend habituellement par “nationalisme” lequel consiste à vouloir imposer sa nation aux autres.

Pensez-vous que l’unité du peuple soit vraiment nécessaire quant à « la protection de la Nation / République », quand certains États (notamment les États-Unis) semblent conserver une certaine unité malgré un certain éclatement des diverses composantes de leur société ?

Les Etats-unis sont une nation multiculturelle dès l'origine, ils ont créé une forme politique fédérale adaptée et disposent surtout d'une souveraineté et d'une puissance impériale, d'un projet de grandeur qui compense la diversité nationale et permet de se projeter dans une unité citoyenne forte. Ils ne plaisantent pas d’ ailleurs avec les droits et les devoirs qu'impliquent la citoyenneté américaine et le serment d'allégeance à celle-ci est pris très au sérieux. D'autre part ceci ne suffit pas à éliminer dans la vie sociale tous les inconvénients liés au communautarisme et la défiance intercommunautaire reste très forte et facteur de violence.

Gardien des libertés, « l’État se doit de faciliter l’anarchisme des moeurs ». Ne risque-t-il pas pour autant, ainsi, de contribuer paradoxalement à la montée des sectarismes ?

Dans le passage que vous citez et qu'il faudrait citer plus amplement pour le comprendre, je ne dis pas que l'Etat doit être selon moi facteur d'anarchisme des moeurs. C'est au contraire l'Etat libéral que je critique qui confond la laïcité et la pure neutralité à l'égard des moeurs. Je veux montrer à l'inverse qu'il y a des moeurs républicaines et que l'Etat républicain ne doit pas rougir de défendre ces moeurs, au lieu de se réfugier derrière une simple laïcité d'abstention.

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